L'incertitude

Depuis que nous sommes tout petits, nous entendons : Ne t’en fais pas, maman est là. Tu n’es jamais seul. Les gens autour de toi sont là pour t’aider, t’accompagner, etc.
Pourtant, un jour viendra, près de ta famille de sang ou de cœur, un moment où tu devras traverser les épreuves seul… dépourvu, perdu.
L’incertitude, la peur au ventre et le cœur noué, tu devras marcher au travers vents et marées pour t’en sortir. As-tu déjà traversé l’océan à bout de souffle ? Au milieu, as-tu crié à l’aide sans réponse ? Simplement ta propre voix qui résonne entre les coups de vague… continuer de nager, le visage saturé d’eau saline… Sans savoir s’il s’agit de l’océan qui te frappe à nouveau ou de tes larmes qui ne cessent de couler…
Cette incertitude noie des gens chaque jour, cette solitude bruyante met ton cerveau en mode panique. Car un jour, tu réalises que tout ce qu’on t’a jadis dit n’était que des promesses… car un jour viendra où seul toi pourras te sauver. Ta petite boîte à outils que tu as peaufinée au travers des années ne pourra pas être utilisée au beau milieu de cette étendue d’eau sans fin. Il ne te reste que ta tête, tes bras, tes jambes et ton cœur pour survivre. Que faire lorsque tu ne sais plus comment les utiliser car la fatigue s’empare de tout… l’incertitude t’envahit davantage.
Il n’y a plus de doute, l’eau ruisselant sur ton visage est bel et bien tes larmes.
Se sentir si petit, si vulnérable n’était pas dans ton jeu de cartes de la vie. Toi qui croyais être placé au bon endroit, toi qui avais tant de rêves et d’ambitions… Pourquoi es-tu ici… à garder la tête hors de l’eau ?
Ma réponse… elle ne te plaira pas. Je m’en excuse d’avance, car j’ai été au même endroit que toi… et j’ai entendu cette réponse mille et une fois.
Tu es ici, à nager sur place, seul contre le monde, parce que tu en as la force. Cette force qui te permet de faire du surplace depuis aussi longtemps… c’est le reflet de ton nouveau visage. Cette colère, tristesse, fatigue, te permet de te redéfinir. Je suis persuadée que tu as déjà dit : C’est assez, je n’ai plus la force, j’abandonne. Et pourtant, tu n’as pas arrêté de bouger car tu n’es pas au fond de cet océan malin et bruyant.
S’il te plaît… ouvre les yeux… regarde devant toi… si tu ne vois rien, tourne sur toi-même… car au loin il y a une terre ferme, calme et accueillante. Au loin, il y a tous ceux qui t’attendent même si tu nages depuis une éternité. Au loin, tu retrouveras ce qui a construit ton monde et ta stabilité avant d’être emporté. Je sais, le groupe s’est peut-être rétréci… un deuil sera probablement inévitable. Toutefois, lorsque tu seras revenu à la rive, toi aussi tu auras changé et cette force que tu bâtis à chaque mouvement te permettra de réaliser que tout était vrai. Tu n’es jamais seul…


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